Les interviews de Sam Troulku
 
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  Aujoud'hui, c'est JIHEF (bassiste, musicien, compositeur) qui passe à la casserole.


 - SAM: Comment ressens-tu la création musicale et les musiciens aujourd'hui ?
 
 - JIHEF: Je reste ouvert à tous ce qui ont une âme de musicien et un esprit créatif: "Venez me rejoindre".
              Je refuse les projets que je trouve insipides ou surfaits, à musique uniforme (uni-style) avec
              ses dogmes mono-culturels... bref, tout ce qui manque de d'inspiration et de créativité.
             Les bons musiciens créatifs sont assez rares ici
: il y des exceptions et j'espère en découvrir plein.
             Je dois avouer que
je me sens un peu seul, malgré tous les groupes que j'intègre localement.
             
Pour composer, jouer tout soi-même, c'est bien plus simple et rapide: indépendant et autonome.
             C'est aussi pour toutes ces raisons que je compose pour le cinéma, théâtre et le spectacle vivant (Elyxir).

 - SAM: Comment expliques-tu ton jeu de basse si particulier, si dynamique ?

 
 - JIHEF: C'est la combinaison d'un élan créatif, d'une
énergie, d'une volonté et d'une discipline.
             La composition et l'arrangement m'ont beaucoup apporté harmoniquement.
             La discipline dans le travail et la persévérance amènent à une connaissance en soi.
             Si tu es assez humble, tu t'aperçois alors que c'est sans limite, que tu restes un
               éternel apprentis, qu'il y a toujours à découvrir et à apprendre.
             En fait, c'est ton 
oreille de musicien qui est sans cesse en formation.
             Ensuite, il y a l'instant présent où tu dois gérer
l'énergie en temps réel, et là
               c'est l'aspect vivant, parfois magique, où tu peux être arriver à te surprendre.
             Si tu restes vigilant, spontané, même tes petits défauts ou tes erreurs deviennent
               des ingrédients de créativité, en rebondissant de façon intuitive ou créative.
             Et puis il faut toujours
rester à l'écoute de ce qui se passe, capter les élans,
               les impulsions créés par les autres musiciens qui viennent dynamiser ton jeu.
               C'est de l'interaction spontanée qui régénère une énergie en fusion.

 - SAM: Quelles sont les qualités musicales qui te paraissent importantes ?
 
 - JIHEF:
Concentration et maîtrise, précision et toucher, musicalité et groove.
             La précision rythmique, du groove, des mises en place, de l'harmonie, du toucher
               et de la justesse, des nuances, du contrôle du son, ce sont les ingrédients de la
               musicalité pour faire chanter l'instrument.
             Tout cela n'est possible que si ton esprit n'est pas accaparé, pour être disponible
               et rester en éveil: il faut toujours garder une longueur d'avance, confortable.
             Pour moi, un vrai musicien développe la
personnalité et sa musicalité, tout en
               restant humble et ouvert, en apprentissage permanent.

 - SAM: As-tu développé des techniques à toi ?
 
 - JIHEF: Pour moi, c'est indispensable de développer une technique personnelle qui
               vient accroître mon vocabulaire musical et ma palette expressive. C'est sans fin.
             Par exemple, sur la basse, j'utilise les 5 doigts de la main droite, parfois 3 doigts
               pour les passages rapides. Il y a 30 ans, j'utilisais le médiator qui permet une
               vélocité continue. J'ai repris l'idée mais en utilisant l'index comme médiator.
             Toute expérience est bonne pour devenir un nouvel outil personnel, technique ou créatif.

 - SAM: On te voit souvent  jouer sur ta fretless customisée, celle griffée en blanc, depuis quand
              joues-tu sur une basse fretless
(basse avec manche sans barrette).

 
 - JIHEF: Oui, j'adore la basse fretless, son toucher très nuancé, plus moelleux, plus
                chantant, plus lyrique grace au manche en érable à touche sans barrette (fretless).
             Ma première fretless est une Guild B302-F acquise en 1979, sur laquelle j'ai fait monter
                2 micros supplémentaires en 1980, de type Jazz-bass: 2 humbuckers DP123.
             Ma fretless custom griffée date de novembre 2004, je ne la quitte plus.
             Elle est en customisation permanente (bridge 3D, micros) au Jihef bass custom.
             Jouer fretless demande un toucher particulier, plus un contrôle permanent du son
                et de la justesse. L'accès aux autres tempéraments devient alors possible.
             Cela m'a demandé des années de travail avant de me sentir vraiment à l'aise.
             Aujourd'hui, je joue presque tout sur basse fretless, quel que soit le style (sauf pour le funk).

 - SAM: Justement, à propos de style, tu es à fond "jazz-rock fusions" et très groove.
 
 - JIHEF: Oui, le
jazz-rock a toujours été mon cheval de bataille depuis 1973.
              Plus créatif que la fusion stéréotypée des années 80/90, le jazz-rock permet de tout fusionner
                dans une énergie plus expérimentale avec plus de musicalité et de changements harmoniques.
             J'adore les fusions créatives qui groovent et qui utilisent asymétries et polyrythmies.
             C'est à l'opposé du rock festif, du rock d'ado de 40 ans et du Bal à poupées barbues
                ... quel ennui mortel la musique alimentaire !
             Le
groove, c'est le moteur du musicien (bassiste) et Basse-Batterie, c'est l'énergie du groupe.
             L
e batteur doit assurer le rythme, l'assise du tempo et le groove, c'est son job.
             Quand tu as goûté à la fièvre du groove, tu ne peux plus te passer de faire groover.
             Ecoute le morceau "
Orient-Express" de Zawinul, c'est terrible !

 - SAM: Quels sont les bassistes qui t'ont marqué ?

 - JIHEF: Chronologiquement,
             1971 -
Chris SQUIRE pour sa pulse rock et son jeu au médiator sur sa rickenbacker.
             1976 -
Jaco PASTORIUS pour son génie, sa créativité, son lyrisme et son groove.
             1978 -
Jeff BERLIN pour sa dynamique, son toucher et sa pulse.
             1982 -
Carles BENAVENT pour son jeu au médiator original et son toucher particulier.
             1985 -
Gary WILLIS pour son toucher subtil, sa virtuosité, sa musicalité et sa finesse.
             2004 -
Matt GARRISON pour sa créativité qui fourmille, riche et généreuse.
             Tous jouent sur fretless. Ils ont un toucher terrible et un superbe phrasé personnel, unique.

 - SAM: On te surnomme "le bassiste fou", peux-tu nous dire pourquoi ?
 
 - JIHEF: Cela vient du fait que lors d'impros ou de scènes ouvertes, entouré de bons musiciens ou
               
épaulé d'un vrai batteur
(précis qui pulse et qui groove), je peux me lâcher et passer devant.
               C'est l'occasion de prendre des risques, c'est très excitant, ça me donne des ailes
               ... et le public est surpris de découvrir la basse comme un instrument mélodique ou soliste,
               mais ça, va le faire comprendre à un guitariste de rock festif, il ne te laissera jamais la place
               d'un chorus [rires]. Ils sont patauds les musiciens français, surtout après un match [re-rires].

 
interview de Sam Troulku, journaliste bénévole de l'asso Kary Tative - février 2014

 
 
       



 
     
 
 © 2014 Sam Troulku - 27.01.2016
 


                       
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